Philippe Schwartz
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Retentissement de l’accouchement sur la sexualité

Sexologie

La période du post-partum peut être vue comme un retour de la femme à la réalité quotidienne après avoir vécu une expérience unique (grossesse, dyade mère-enfant) et de mutation profonde (passage de femme à mère).

C’est aussi une période de récupération physique et psychologique pour la femme et donc une période de fragilité particulière.

 

Une période importante dans la vie et dans la vie sexuelle de la femme

De nombreuses femmes identifient leur grossesse comme le début de leurs difficultés sexuelles ou de leur perte de désir.

Ceci souligne l’importance de la période du post-partum dans la vie sexuelle de la femme, que les difficultés relèvent d’une prise de poids avec préjudice au niveau de l’image corporelle, d’une lésion obstétricale ou d’une modification comportementale du partenaire ou des relations au sein du couple.

Sur le plan de la sexualité, que l’accouchement ait été réalisé par voie basse ou par césarienne, on constate chez les femmes dans les suites de l’accouchement :

  • Une baisse du désir sexuel, plus prononcée après accouchement par voie basse (80% des femmes) que par césarienne (35% des femmes).
  • Une insatisfaction sexuelle dans environ 60% des cas (inconfort, sécheresse vaginale, douleurs vaginales, etc.).
  • Une diminution de la sensibilité vaginale ou de la lubrification vaginale chez 50 à 80% des femmes.

Ces difficultés sexuelles sont anatomiquement ou physiologiquement normales dans les suites immédiates d’un accouchement. Elles sont heureusement transitoires.

La sexualité durant le post-partum (après l’accouchement) sera d’autant mieux vécue qu’elle aura déjà été un sujet abordé et anticipé par le couple durant la grossesse.

Au niveau du couple, les mésententes ou difficultés sexuelles qui ont pu être tues durant la grossesse, ou utilisant la grossesse comme excuse, ont souvent tendance à se révéler ou à ressurgir après l’accouchement.

 

Influence des modifications hormonales

La chute des hormones féminines (estrogènes, progestérone) après l’accouchement s’accompagne d’une fatigue qui peut être importante et a un retentissement sur le désir (libido) qui est diminué dans les suites immédiates de l’accouchement.

La baisse des estrogènes a également une répercussion sexuelle en réduisant la lubrification vaginale.

Cette chute hormonale est amplifiée si la femme allaite, par la production de prolactine (hormone stimulant la lactation) venant inhiber la production hormonale ovarienne. L’allaitement peut ainsi émousser le désir sexuel de la femme et réduire son plaisir.

Par ailleurs la sécrétion d’ocytocine, hormone de l’attachement, favorise la dyade mère-enfant au détriment des relations amoureuses du couple.

 

Influence des modifications anatomiques

La première cause anatomique de difficultés sexuelles après l’accouchement est la distension et l’étirement des muscles du périnée durant le passage de l’enfant dans la filière génitale, qui s’accompagne d’un étirement des structures nerveuses (neuropathie d’étirement).

Ces lésions nerveuses temporaires entraînent une diminution de la perception des sensations de plaisir dans la région vulvovaginale.

L’autre raison anatomique est la réalisation d’une épisiotomie (incision du périnée lors de l’accouchement) pour permettre la sortie de l’enfant en évitant la survenue d’une déchirure lorsque l’enfant a de la difficulté à passer la filière génitale. La gêne ou la douleur ressentie et le temps nécessaire à la cicatrisation de l’incision entraînent un retard à la reprise harmonieuse des rapports sexuels.

Du fait de ces modifications, la reprise de la sexualité peut donner lieu au début à des sensations différentes avec un plaisir moindre ou plus long à survenir.

Sur le plan strictement anatomique, la sexualité peut être reprise 15 jours à 3 semaines après l’accouchement mais en pratique un délai de 3 à 4 mois voire 6 mois s’avère être raisonnable et adapté à la majorité des couples.

Le délai moyen de reprise des rapports sexuels est ainsi différent selon les modalités de l’accouchement :

  • 10 jours après césarienne.
  • 40 jours après accouchement par voie basse avec épisiotomie.

Si la femme allaite, ses seins peuvent être tendus, douloureux. Ils sont donc désinvestis de leur investissement érogène au profit de leur fonction nourricière. Les contraintes et petits maux de l’allaitement ne viennent pas non plus renforcer leur potentiel de sensibilité érogène.

Il faut également distinguer les modifications anatomiques secondaires à la grossesse et qui vont se corriger après la naissance des modifications lésionnelles pouvant être séquellaires de l’accouchement comme par exemple une mauvaise cicatrisation d’épisiotomie ou un relâchement tissulaire des parois vaginales pouvant être à l’origine de troubles sexuels persistants.

 

Modifications corporelles liées à la grossesse et identité sexuelle ou érotique

La grossesse a modifié le corps de la femme et donc son image corporelle et son identité esthétique et sexuelle.

On ne fera que citer le gain de poids résiduel après l’accouchement, les modifications des seins, d’éventuelles vergetures, une distension des muscles abdominaux ou périnéaux, la survenue d’hémorroïdes…

Ce préjudice corporel vient altérer l’image de son corps pour la femme et peut avoir des conséquences sur la reprise de sa vie sexuelle antérieure à la grossesse.

La femme a donc besoin d’un temps de récupération physique après l’accouchement pour se sentir à nouveau désirable et donc retrouver elle-même le désir de reprendre une vie sexuelle satisfaisante. Même si plus de la moitié des femmes ont repris une activité sexuelle entre six et huit semaines après l’accouchement, on estime ce besoin de « temps pour soi » à environ 2 mois.

Il n’existe aucune normalité de durée de cette période, certaines femmes ont besoin de plusieurs mois, parfois jusqu’à un an, d’autres de seulement quelques semaines.

Durant cette période, le désir n’est pas absent mais les rapports sexuels peuvent être peu satisfaisants voire désagréable et les orgasmes plus difficiles à obtenir.

Toute situation conflictuelle durant cette période ne peut qu’accentuer la difficulté à vivre cette période et à la dépasser.

On conseille de maintenir durant ce temps de récupération une vie intime avec son partenaire, sexuelle et affective, centrée sur une sexualité sans pénétration obligée ni systématique, constitués d’échanges intimes, de massages, de caresses, de confiance et de tendresse.

 

Influence des répercussions physiologiques de l’accouchement et de l’arrivée de l’enfant

L’équilibre physiologique de la femme est perturbé après l’accouchement :

  • Du fait de la fatigue due à l’accouchement, que celui-ci ait eu lieu par voie basse (travail) ou par césarienne (fatigue post-opératoire).
  • Du fait de la difficulté à avoir un sommeil réparateur de bonne qualité en raison des réveils du bébé notamment des réveils nocturnes.
  • Du fait des saignements qui peuvent persister jusqu’au retour de couches (retour des règles normales) et générer de la fatigue.
  • Du fait de la persistance de contractions utérines (« tranchées ») durant les jours suivant l’accouchement, contemporaines du retour de l’utérus à sa taille normale. Ces contractions peuvent survenir à nouveau lors des tétées en cas d’allaitement.

 

Influence des répercussions psychologiques

La reprise d’une vie sexuelle après l’accouchement se fait dans un contexte multidimensionnel associant :

  • La récupération d’une modification corporelle importante.
  • La reprise d’une sexualité harmonieuse et satisfaisante.
  • Un réaménagement majeur de la vie et des relations du couple.

On comprend que la récupération de la fonction sexuelle ne soit pas la priorité majeure de la femme dans les suites immédiates de son accouchement, et qu’elle ait besoin d’un temps de récupération pour elle-même ainsi que d’un temps d’adaptation à la maternité avant de s’autoriser à se laisser aller à son propre plaisir.

La fatigue et l’occupation de la mère par les soins à apporter au bébé et a fortiori l’allaitement au sein, éloignent la femme de son partenaire et contribuent à la distanciation envers les relations sexuelles.

Le partenaire peut se sentir exclu et éprouver une certaine jalousie devant la primauté apportée à l’enfant par la mère et devant la dyade mère-enfant.

Ainsi, si environ 60% des couples reprennent une vie sexuelle dans le mois suivant l’accouchement, leur satisfaction sexuelle est en revanche souvent diminuée.

Il importe d’informer le couple de l’existence de ce passage par un moindre intérêt pour la sexualité et de les rassurer sur le caractère normal de cette période d’adaptation et de création du lien d’attachement avec l’enfant, outre de besoin d’attention et de soins fréquents.

Peuvent également apparaître dans le post-partum des problèmes relationnels familiaux ou des difficultés d’acceptation du bébé par les autres enfants qui peuvent par exemple se sentir délaissés.

La période qui suit immédiatement l’accouchement n’est ainsi pas une période optimale pour retrouver une sexualité épanouie au sein du couple.

 

Le « baby blues » ou « post-partum blues »

Le « baby blues » ou « passage à vide » du post-partum touche environ en moyenne 60% (30 à 80% selon les études) des femmes en post-partum.

Il se traduit par une tristesse, un état anxieux, des crises de pleurs, une irritabilité, des troubles du sommeil, une impression d’être incapable de s’occuper de l’enfant, survenant environ entre les 3e et 6e jours après l’accouchement.

Il s’agit d’un état transitoire réactionnel à l’accouchement et à la fatigue, pour lequel on évoque comme cause les chutes hormonales importantes survenant après la naissance mais les causes sont multifactorielles (fatigue, chute hormonale, vécu de l’accouchement, stress de mal faire avec l’enfant, prise en compte de son rôle maternel, etc.).

Il ne s’agit pas d’une dépression en soi mais d’une réaction physiologique qui s’amende avec un soutien de l’entourage et une aide psychologique.

Ce « post-partum blues » est en général de courte durée, quelques jours, et s’il se prolonge au-delà de 2 ou 3 semaines, il faut en revanche évoquer la possibilité de survenue d’un passage dépressif après l’accouchement ou dépression du post-partum.

 

La dépression du post-partum

La dépression du post-partum, plus durable et plus sévère que le baby blues, est une authentique dépression touchant 10 à 15% des accouchées et apparaissant classiquement 4 à 8 semaines après l’accouchement.

Elle peut également survenir plus tardivement, dans l’année suivant l’accouchement.

La jeune maman est alors réellement totalement submergée par son impression d’être incapable de s’occuper de son enfant avec évitement du contact voire phobie de tout contact avec l’enfant et souvent agressivité à l’égard des proches.

Une autre forme de dépression plus grave pouvant survenir dans le post-partum est la dépression mélancolique, plus rare mais plus sévère.

La prise en charge de ces dépressions est spécialisée.

Ces états psychologiques ont évidemment un retentissement notable sur la sexualité et il importe de les dépister et de les traiter.

 

Que conclure ?

  • La période du post-partum est une période physiologiquement et psychologiquement difficile pour la femme qui doit à la fois retrouver un corps désirable de femme et en même temps apprendre la réalité d’être mère.
  • Bien que la vie puisse sembler centrée sur la mère et son enfant, la place du père est essentielle pour que le couple retrouve ses caractéristiques amoureuses d’avant la grossesse.
  • Le temps demandé par la femme avant de reprendre une vie sexuelle est important à respecter pour qu’elle se réapproprie son corps, se retrouve femme autant que mère et que le désir l’envahisse à nouveau.
  • Une vie sexuelle calme ne signifie pas inexistante.
  • Devenir mère et père doit se conjuguer au fait de continuer à être amants.
  • Il n’existe ni perfection ni modèle, chaque femme vivra son accouchement et la période qui fait suite de façon différente et individuelle.

 

Faure K et coll. Troubles psychiques de la grossesse et du post-partum. Rev. Prat., 2011 ; 61

Lansac J. Lopès P. Questions sexo. Eyrolles Ed., Paris, 2017

Leuillet P. Grossesse et post-partum. In Courtois F, Bonierbale M. Médecine sexuelle, Lavoisier Ed., Paris, 2016

Lopès P. Sexualité et grossesse, sexualité et post-partum. In Lopès P, Poudat FX. Manuel de sexologie, Elsevier Ed., Paris, 2014

Mignot J et coll. Psycho-sexologie. Dunod Ed., Malakoff, 2013


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